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J'étais un peu pas mal blasé du PQ ces dernières années, de ces chicanes stériles de drapeaux Québec - Ottawa, la plupart du temps de l'ordre de la procédurite. De plus, certains nouveaux enjeux d'ordre plus planétaire ou générationnel m'emmenaient vers des ailleurs politiques...
Mais je ne semble pas être le seul à avoir dernièrement pris conscience de l'état lamentable de notre espace collectif culturel, linguistique et identitaire plus précisément (à Montréal principalement). Et ça me rassure. Diablement. Car pour ma part, la survivance de mon héritage culturel et identitaire n'est pas une lubie, un caprice ou une considération d'ordre secondaire; c'est probablement la première de mes préoccupations en tant qu'être social. Ça devance même l'épanouissement économique. Une des premières en tous cas !
Je me suis acheté un voilier. Un petit voilier. Pas cher (enfin, tout est relatif; fut un temps ou je devais survivre un an avec moins que ça... Disons le prix d'une petite japonaise usagée). Une histoire de gars, de rêve, de liberté, de lutte contre les éléments, de tour du monde en solitaire et d'hiver un jour passé sous le soleil cubain plutôt que dans l'ombre grise du mat du stade. Dans la réalité, c'est autrement. Du moins en ce moment. Beaucoup de responsabilités, de dépenses, d'organisation, d'apprentissage intensif, d'efforts et de temps consacré à la chose. C'est comme un gros bébé en fibre de verre qu'il te faut dorloter et torcher, qui peut tomber malade à tout moment d'osmose carabinée, de balsite aiguë ou de craquelures purulentes si la fièvre des vents lui exige un trop grand effort....
Et qu'est-ce qui me rend de mauvais poil comme ça ?...
Hier j'ai enfourché mon vélo pour une promenade. parc Maisonneuve, puis j'ai pris la piste sur Rachel vers le Plateau, gros vent de face. Le Platôôôôôôô... L'élite... Les beaux (belles) les grands les riches les bien habillés avec goût... Eh bien les Platôôôôs, hier, je vous jure, ils parlaient anglais huit personnes sur dix. Quatre-vingt pourcent des gens que je croisais hier sur le Plateau, à Montréal, ville encore supposément francophone aux dernières nouvelles, parlaient anglais, s'esclaffaient dans la langue de Shakespeare, toutes couleurs confondues comme Benetton.
J'ai rien contre l'anglais. Je le parle très bien et j'ai plusieurs amis anglophones. Même de la famille. J'en ai encore moins contre les libertés individuelles; et que deux personnes rigolent en Wolof ou en Thaï fait partie de l'attrait et de la magie que revêtait Montréal à mon arrivée il y a quinze ans. Mais de voir, d'entendre en l'occurence, mon héritage culturel et linguistique, rétrécir ainsi en peau de chagrin, de constater que ma liberté collective de vivre en français chez-nous ne semble avoir aucunement pesé dans l'équation qui a donné le résultat auquel j'ai assisté hier provoque chez-moi une certaine irritation...
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